1806 LE HAMEAU DE GRUCHY sous la menace des anglais

Gréville, le 14 juillet 1806 Le Maire de Gréville A Monsieur le préfet de la manche.

Je me suis empressé de publier dans cette commune, votre lettre du 27 Mai relativement à la surveillance de la côte afin d’exciter le zèle et le courage des habitants dans le cas ou l’ennemi tendrait quelques coups de main. L’occasion s’est bientôt présentée pour mettre en ouvrage les moyens que j’avais proposés.

Le lundi 10 juillet courant, deux canots d’une frégatte anglaise mouillée depuis près de trois semaines à environ deux lieues de la côte mirent à la mer sur les 7 heures du soir et arrivèrent à force de ramer en ligne droite sur le point de la côte appelée « la Percée », sous le village du hameau de Gruchy à Gréville où réside une brigade de douaniers, à leur approche, les nommés Parmentier et (Haubourg ?), préposés à cette résidence étant d’observation sur la côte, un d’eux accourut au village où il donna l’alarme. Le nommé Pierre Falaize, laboureur, n’écoutant que son courage se précipite dans la maison du nommé Jean Canoville, saisit son fusil, vola ensuite chez le brigadier des douanes où il prit un paquet de cartouches et courut sur la côte dont les anglais s’étaient très approchés et surtout bien près de l’entrée de la Percée où huit hommes qui y travaillaient s’étaient cachés dans leur carrière à l’ombre du rocher d’où ils entendaient très distinctement les anglais qu’ils croyaient être au nombre de 25 ou 30 dans chaque canot.

Au premier coup de feu tiré par Falaize qui a porté de ce l’on croit. . on remarqua un certain désordre dans les deux canots. Au second coup qui suivit de près et qui ne fut pas moins heureux, les deux canots changèrent de direction en tournant du côté d’Omonville pour s’éloigner d’un ennemi qui eut bientôt épuisé son paquet de cartouches sur eux.

Les anglais prirent sérieusement le large lorsque la batterie d’Omonville tira un coup de canon qui va tomber assez près des canots pour que la chute du boulet fasse sauter l’eau à leur bord. La batterie tira 3 autres coups de canon pas tout à fait si heureux, l’ennemi dans sa retraite fit plusieurs décharges de mousqueteries, dont les balles vinrent à terre, nous devons dire pour rendre justice à la vérité que le nommé Barthélémy Canoville et Carpentier ci devant dénommés employés suivirent Falaize d’entrée et qu’ils tirèrent aussi sur l’ennemi et les détermina à prendre du large. Nous ne pouvons trop vous vanter le zèle et le courage des douaniers qui s’y sont tous réunis sur le champ de bataille jusqu’au citoyen Buhot, leur contrôleur de Cherbourg à la vue des canots de Landemer y accourut pour se ranger à leur côté, mais il était trop tard l’intrépide Falaize et les deux autres tirailleurs devaient remporter la victoire.

Voilà, Monsieur le Préfet, le détail exact des faits qui se sont passés dans cette occasion et que je me fais un devoir de vous transmettre avec fidélité afin de vous donner une preuve de mon zèle à vous rendre compte de tout ce qui se passe sur la côte et pour vous mettre à même de témoigner votre satisfaction à ceux qui se sont bien montrés dans cette occasion.

Il n’est pas aisé de deviner les motifs de l’ennemi. On a dit qu’ils voulaient enlever la Vigie de Landemer à Gréville, mais ils ne se sont pas dirigés de ce côté-là puisque le point où ils abordent en est d’un bon quart de lieues, pour moi, je pense que c’est un coup de main tenté par des hommes désoeuvrés et déterminés pour enlever quelques troupeaux de moutons ou même pour enlever les hommes qui forment l’atelier du lieu de la Percée qui est le point où ils ont approché.

Ces hommes, en effet au nombre de 8 étaient blottis à leur approche dans leur carrière sans oser sortir, crainte d’être fusillés en fuyant et sans les décharges de Falaize ils pouvaient être surpris et enlevés de leur trou comme des lapins sans défense.

P.S. : Tous les faits se sont passés en présence d’une multitude de spectateurs qui accoururent sur la côte au nombre desquels je pourrais citer le maire d’Eculleville, mon fils et plusieurs autres jeunes gens comme lui qui tiennent depuis ce moment leurs armes bien chargées et se proposent de se… si de nouveau l’occasion se présente de s’y trouver les premiers.

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