Jean-François Duval

Acteur important lors de la Révolution

Jean-François Duval est né le 4 octobre 1751 à Gréville, à la ferme du « Lieu Bailly », cette ferme appartenait à la famille Duval depuis plusieurs générations. Le père de Jean-François Duval s’appelait Marin et portait le titre de Sieur du Milly, il avait épousé en 1743 Jeanne-Marie Vicq, originaire d’Yvetot, près de Valognes. Jean-François était le cinquième enfant d’une famille de sept. Comme il était d’usage dans les familles aisées, chacun des garçons portait un « aver-nom ». Jean-François portait le nom de la Rivière, deux de ses frères portaient les noms de Duvivier et le Taillis, au lieu Bailly, des pièces de terre portent encore ces noms aujourd’hui.

Jean-François Duval fit ses études à Valognes au collège tenu par les Eudistes, il sentit naître en lui une solide vocation religieuse et il y reçut les ordres mineurs. En 1777, il partit pour le séminaire de Caen, des lettres montrent son attrait à devenir trappiste, mais on ne sait s’il le devint réellement. On sait seulement, qu’en 1783, il était, à Paris, engagé dans les Gardes Françaises qu’il dut quitter probablement pour des raisons de santé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il fut de retour à Gréville en 1787 ou il commença sa carrière politique.

Les évènements de 1789 allaient bouleverser sa vie, écoutez ce que dit Jean-François Duval à propos de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen :
 » Quand la Déclaration légale eut paru, qu’elle me tombât entre les mains, j’en fus si ému, que je crus pour la première fois ouvrir les yeux à la lumière tant j’étais ébloui. Il me semblait que la vérité, sortie enfin toute nue et toute pure des profondeurs du puits où les anciens la représentent cachée frappait et éclairait mes esprits séduits « .

C’est donc un homme enthousiaste qui accueille la révolution et aussitôt, il se lança dans la vie politique, il participa à la fondation de la commune de Gréville. Malheureusement, les procès-verbaux des réunions des Assemblées communales de cette époque ont été détruits.

SERMENT DES BONNES GENS

Voici une partie du document qu’il signa le 1er mars 1790 intitulé :
« SERMENT DES BONNES GENS »
ou
« ADRESSE DES CITOYENS DE LA COMMUNE DE GREVILLE A LA HAGUE
BASSE NORMANDIE A L’ASSEMBLEE NATIONALE »

Nos seigneurs,
 » Vaut mieux tard que jamais. Si le proverbe est vrai et qu’en quelque occasion il puisse être une excuse, c’est sans doute en faveur des Bonnes Gens de la campagne ; étrangers qu’ils étaient de tous temps peut-être, dans toute espèce d’affaire politique, vous ne vous êtes pas attendus Nos seigneurs, à les voir arriver les premiers adhérer à vos décrets. D’ailleurs dans cette vaste carrière de félicitations, de remerciements, d’actes d’adhésion où le prodige de la révolution a jeté pêle-mêle tous les bons citoyens, nous étions bien éloignés d’oser hasarder les premiers pas. Nous restions modestement à l’entrée et, de là, nous examinions bien attentivement les démarches des autres, afin de pouvoir imiter ceux qui nous paraîtraient marcher avec plus d’assurance et de droiture, à notre manière enfin.  »

 » Mais, Ô surprise, les uns ont couru, les autres ont volé et notre faible et courte vue n’a pu même saisir leurs traces. Aussi nous voilà Nosseigneurs, tout aussi savants comme nous étions. Comment donc faire ? Puisque nous ne pouvons imiter les autres, nous allons tout bonnement vous exprimer nos sentiments et nos voux. Toujours la naïveté fut la vertu des Bonnes Gens et l’indulgence fut toujours le penchant savoir des âmes grandes et nobles. ».

« …Vous avez fait des prodiges sans doute, mais nous nous y attendions. Etes-vous donc l’Elite de la Nation Française pour montrer à l’Europe attentive des vertus communes ? Après tout, Nosseigneurs, vous pouviez faire ce que vous avez fait, vous n’avez donc fait que ce que vous avez dû faire. Car, si notre simplicité ne nous trompe, nous croyons que les hommes qui se chargent librement des affaires du public, lui doivent tout ce qu’ils peuvent pour son plus grand bien, fussent-ils ministres, fussent-ils Roys … »

Jean-François Duval fera partie du collège des électeurs du canton de Ste-Croix-Hague dont alors fait partie la commune de Gréville, il sera élu secrétaire par l’assemblée des électeurs réunis pour procéder à l’élection des membres du Directoire du district de Cherbourg, puis administrateur et membre du directoire du Département de la Manche, organisme d’exécution de l’assemblée des administrateurs. Cette fonction de membre du directoire du Département l’a obligé à quitter Gréville et à s’installer à Coutances.

Comme il remplit fort bien sa fonction de membre du directoire du Département, il fut tout désigné pour être l’un des élus du Département. En fait le premier de la liste par 496 voix sur 621 votants.

Elu député, il dut quitter Coutances pour s’établir à Paris en 1791. Peu de temps après, il n’envisageait déjà plus de se représenter aux élections de 1793 ; ayant choisi le parti de la sagesse, le climat qui régnait à l’Assemblée ne lui convenait pas.

Puis ce sera la grande crise de conscience. Le spectacle pénible des insurrections perpétuelles du peuple de Paris, cherchant à imposer à l’Assemblée ses propres vues, l’incohérence qui en résulte dans l’ouvre de législation, l’amèneront à réfléchir sur la légitimité des fameux Principes de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Le 22 mai 1792, il estimait en conscience ne plus pouvoir exercer sa fonction de Député, il remit sa décision officielle et rentra à Gréville.

Sur le plan politique, sa carrière était terminée. Pas complètement dans ses conséquences car il fut incarcéré et déporté à Paris.

Quelques années plus tard, il revint à Gréville définitivement, il mourut à Cherbourg le 27 janvier 1800. L’acte de décès établi le 28 janvier sur les registres de la ville de Cherbourg fut retranscrit sur ceux de la commune de Gréville. Ce qui laisse à penser qu’il dut être inhumé dans sa commune natale.

YMB à partir de « Eléments d’une biographie de J.F DUVAL » par Mr de LACROIX de LAVALETTE